3. Le laser médical d’épilation

Pour simplifier, on considèrera que les lasers sont des sources de lumière très intense émise sur une même longueur d’onde et dans une seule direction (on dit que le faisceau est monochromatique et cohérent).
Comparativement à l’épilation électrique, à la fois douloureuse et qui procède poil par poil, l’épilation laser est moins douloureuse et traite tous les poils à la fois sur la surface du tir.
Le principe de l’épilation laser est à la fois simple et astucieux : il consiste à dénaturer le bulbe pileux mais surtout les cellules capables de le régénérer grâce à une montée de température au-delà du seuil de coagulation cellulaire, tout en évitant de produire la moindre lésion sur la peau. C’est ce qu’on appelle la photothermolyse sélective.

Un brin d’anatomie
Dans l’épilation laser comme dans l’épilation électrique on cherche à détruire les structures responsables de la repousse du poil. Celles-ci sont au nombre de deux. Au tiers supérieur du follicule pileux, le bulge, donne les ordres de fabrication des nouveaux poils à la matrice germinative à la base du follicule. Même si le bulge est détruit, la matrice germinative conserve la capacité de produire un nouveau poil.

La chaleur du laser s’accumule le long de la tige, toute la structure pilaire s’échauffe jusqu’à destruction.
L’énergie lumineuse du faisceau laser est absorbée par la mélanine (pigment qui colore le poil) et se convertit en chaleur.
Ce sont principalement les bulbes des poils jeunes (en phase anagène), qui seront nos cibles électives. En effet, ces bulbes très riches en mélanine présentent de ce fait la propriété de s’échauffer considérablement. La chaleur générée à leur niveau va aller détruire nos véritables objectifs : les cellules germinales situées dans le bulge et la matrice.
Ainsi, on cautérise littéralement le poil par lui-même. De la même façon que la chaleur dénature la structure de la protéine du blanc d’œuf qui devient blanc et ferme à la cuisson, l’apport thermique va dénaturer définitivement les structures responsables de la fabrication du poil.
Pour obtenir une épilation définitive, la thermocoagulation doit être assez puissante et profonde pour détruire les deux tiers inférieurs des follicules pileux.

Epilation de longue durée ou épilation définitive ?
Ce qui précède va nous permettre de répondre à cette question. Nous distinguons deux cas de figure.

1. Si l’élévation de température au niveau du bulbe est limitée ou trop lente

  • soit parce que le praticien ne travaille pas avec une énergie suffisante (matériel inadéquat, fluence trop basse, etc.) ou avec des réglages incorrects (temps de pulse mal choisi, absence de réactions cliniques comme l’érythème et les papules),
  • soit parce que les bulbes des poils adultes et âgés sont trop peu pigmentés ne peuvent pas produire assez d’échauffement, alors on obtient seulement une épilation de longue durée.

 

2. Lorsque l’échauffement a été suffisant à la base du poil pour détruire le bulge et la matrice, il ne peut plus y avoir de repousse : il s’agit là d’une épilation définitive. Quelles sont les principales conditions à réunir :

  • un laser de classe IV capable de délivrer une énergie suffisante en un temps très bref (5 à 40 millisecondes)
  • un spot le plus large possible. Plus le spot est large plus le faisceau pénètre en profondeur. Ainsi, même les poils les plus profonds sont lésés, ils vont ensuite repousser plus superficiels et devenir encore plus sensibles au traitement. Un spot de 10 mm de diamètre est le minimum requis, les spots de 12,5 mm et idéa lement de 15 mm permettent de traquer les poils les
    plus profonds.
  • un médecin qui connaisse son affaire et soit capable d’effectuer les bons réglages tout en interprétant les réactions cliniques cutanées qui témoignent de l’effi cacité du tir.

Le distinguo entre épilation définitive et de longue durée est un peu factice. Il est probable que c’est la succession de lésions sur un même bulbe qui finit par dépasser les capacités de réparation de l’organisme. En effet, avec un laser classe IV manié par une main experte, tous les poils touchés par le faisceau laser seront rendus plus fragiles et repousseront plus près de la surface. Au bout de plusieurs séances ces poils finiront par être irréversiblement détruits. D’autre part, au cours d’une même séance, on produira une épilation définitive sur beaucoup des poils en phase anagène, et une épilation de longue durée sur les poils catagènes ou télogènes (voir Le Cycle du Poil). Tout ceci va nous amener à soulever plusieurs points.

POUR EN SAVOIR PLUS:  la dénaturation sous entend deux types de lésions : « Hyperthermie » : il s’agit d’une élévation de température entraînant des désordres cellulaires. L’hyperthermie peut être suffisante pour obtenir une épilation durable, mais reste insuffisante pour obtenir une épilation définitive. « Nécrose de coagulation » : correspond à une nécrose irréversible des structures tissulaires. La température atteinte produit une dénaturation des protéines et du collagène. Les tissus vont secondairement s’éliminer ou se transformer en amas cicatriciel.

Choisir la bonne cible
Exactement comme le fait la lumière du soleil, la lumière du laser pénètre la peau de plusieurs millimètres et se transforme en chaleur lorsqu’elle est absorbée par les pigments présents dans les tissus.
Toute l’astuce du procédé consiste à choisir la cible adéquate capable d’absorber au mieux le rayonnement lumineux. La meilleure cible qu’on ait trouvée est la mélanine présente dans le poil et le bulbe. Elle absorbe la lumière du laser d’épilation et la transforme en chaleur, permettant la nécrose irréversible des structures profondes du poil.

Première règle de l’épilation laser : utiliser un appareil adéquat
Trois types de laser permettent d’obtenir une épilation définitive : les lasers Rubis (cette pierre précieuse émet une lumière laser rouge foncé à 694 nanomètres), les lasers Alexandrite (une pierre semi-précieuse qui émet une lumière rouge très foncé à 755 nanomètres) et les diodes lasers (des semi-conducteurs qui émettent une lumière infrarouge de 790 à 810 nanomètres).

Le choix de la cible et de la longueur d’onde du laser est à la base du traitement: tous les lasers épilatoires visent la mélanine. Le graphique ci-dessus donne une idée relative de l’absorption entre les différents type de lasers. (source: Boulnois JL, photophysical processes in recent medical laser development. Publié dans Lasers in Medical Science Vol. I, 1986).

Pas de bricolage!
Mais un matériel à la hauteur ! Ceci nous définit le second point de l’épilation laser : il faut utiliser un laser capable de délivrer suffisamment d’énergie afin de produire la destruction irréversible des bulbes.

Laser de Classe IV
Seul un laser de classe IV peut répondre à ces exigences d’efficacité. Lorsqu’il est destiné à être utilisé sur le corps humain, ce type d’appareil fort coûteux ne peut être vendu qu’à des médecins et doit être utilisé sous contrôle médical effectif, puisqu’il pourrait induire de graves lésions entre des mains incompétentes.
Tout le savoir-faire médical consiste à apporter assez d’énergie pour détruire efficacement la pilosité sans entraîner de brûlures ni de lésions sur les tissus environnants. C’est cette difficulté qui explique les résultats parfois peu probants et les déceptions essuyés par les patients qui s’étaient adressés à des instituts d’esthétique équipés de « lasers » inadéquats (et aux tarifs souvent extravagants).

Lampes Flash (lumière pulsée)
Nous ne pouvons que vous déconseiller formellement de vous faire traiter avec des matériels comme les lampes flash ou autres appareils dits à lumière pulsée. Ces gadgets – qui ne sont pas des lasers, mais rien d’autre que de fortes lampes – font l’objet d’une publicité effrénée. Peu coûteux à réaliser (ce ne sont guère plus que des pièces détachées de laser), ces appareils sont cependant vendus très cher au premier venu en vertu d’une faille juridique ne réglementant pas leur usage.
La liste est longue de leurs désagréments : ergonomie limitée, puissance efficace insuffisante aux longueurs d’onde voulues (ce qui implique un nombre très important de séances pour obtenir le moindre résultat), pénétration sous cutanée très faible (les poils profonds sont très peu affectés), absence de système de refroidissement digne de ce nom (brûlures graves et dépigmentations définitives, etc.). Bref, vous ne devriez pas apercevoir ce genre d’appareil chez un professionnel. Première règle de l’épilation laser : se faire traiter par un médecin expérimenté équipé d’un laser de classe IV.
Pour ce qui concerne le laser, vous l’aurez compris, c’est non seulement une mesure de sécurité pour vous mais aussi tout simplement le minimum requis pour être traité avec un appareillage capable de traquer le bulbe en profondeur et détruire la matrice germinative … qui n’a aucune tendance à capituler facilement !

Cependant, si le matériel est une condition essentielle pour traiter le poil jusqu’à sa racine, l’épilation laser est aussi très « opérateur dépendante » : même avec le meilleur appareillage au monde, vous n’obtiendrez de beaux résultats qu’avec un laser manié par un praticien expérimenté. Les « heures de vol du pilote » comptent énormément afin d’effectuer les bons choix dans les paramètres de tir, c’est à dire obtenir le maximum de dommages sur les cibles sans altérer la peau ni rendre l’opération trop douloureuse.
Cette notion de savoir-faire introduit une dimension artistique assez passionnante : le médecin doit tenir compte du phototype, de la pigmentation et du diamètre du poil, de la densité pileuse, des propriétés intrinsèques de la zone à traiter, de la vitesse de la repousse, du temps de pulse, de la fluence, de la cadence de tir, de la puissance du refroidissement cutané, etc.