5. Rythme des séances

Comprendre le cycle du poil
Chaque poil se développe selon un cycle divisé en trois phases : la vie jeune et adulte (phase anagène), la vieillesse (phase catagène) puis la mort et la chute (phase télogène).
Nous avons vu comment la destruction du poil s’opère grâce à l’accumulation thermique dans la tige et le bulbe pileux. Les poils en phase anagène, dont la tige est unie au bulbe riche en mélanine, sont nos véritables cibles. Bien entendu, on ne pourra pas escompter détruire lors d’une même séance 100% des poils anagènes présents (cela dépend de la puissance du tir, et de la faculté de réparation intrinsèque du poil).

La physiologie du poil

Tous les poils d’une zone donnée n’étant pas en phase de croissance anagène en même temps (seulement 20 à 60% d’entre eux selon les zones), l’épilation définitive de l’ensemble des poils nécessitera plusieurs séances pour finir par atteindre tous les poils une fois passés en phase anagène. Selon les zones, un traitement d’entretien de loin en loin sera nécessaire.

Les poils en phase anagène sont très riches en mélanine à leur base. Lors du tir laser, l’absorption du faisceau par la mélanine (le pigment qui donne sa couleur au poil) va générer un échauffement très intense (de l’ordre de 80°) des bulbes. Puis cette chaleur va se diffuser alentour notamment aux cellules germinales qui vont se trouver lésées par cette élévation importante et subite de température. Au bout de plusieurs séances, les lésions accumulées deviennent irréversibles, on aura ainsi obtenu une épilation définitive de la zone traitée.
Les poils en phase catagène sont bien moins riches en mélanine. Le flash du laser va libérer au niveau de leurs bulbes une chaleur moyenne, qui ne pourra pas léser suffisemment les cellules germinales. Le poil va chuter après la séance mais les lésions sur le système reproducteur du poil sont insuffisantes pour le détruire.
Les poils en phase télogène quant à eux sont déjà en train de tomber et ne présentent guère de possibilité de léser les cellules germinales du bulbe.

Déduire le rythme du traitement
La responsabilité du médecin sera de chercher à obtenir le meilleur résultat possible en un nombre minimum de séances. Dès après la première séance, la repousse sera très amoindrie, mais attention à ne pas crier victoire trop tôt car le poil ne demande pas à partir si facilement ! Le but des séances qui suivent sera de briser les mécanismes de réparation des poils de sorte que les lésions deviennent enfin irréversibles.
En moyenne, quatre à cinq séances suffisent à obtenir un résultat impressionnant, mais tout l’art du praticien consistera à établir un rythme des séances le plus efficace possible.
Quatrième règle de l’épilation laser : le rythme du traitement est basé sur la compréhension du cycle de vie des poils.
Ce n’est qu’au bout d’années d’expérience que nous sommes arrivés avec mon équipe à proposer un traitement qui nous satisfasse pleinement. L’une des clés a été de comprendre que la durée des cycles pilaires tels qu’on peut les trouver dans les ouvrages de référence, sont non seulement des valeurs « théoriques » mais qu’elles correspondent à un poil « au repos ».
Quand le poil est agressé, comme c’est le cas après un tir laser, on observe alros un peu l’effet d’un coup de pied dans une fourmilière: les poils « s’affolent » et se reproduisent bien plus vite.
C’est pourquoi les premières séances sont assez rapprochées, environ 15 jours entre les deux premières, puis les intervalles vont croissant, jusqu’à attendre une éventuelle repousse.
La dépendance hormonale chez les hommes, ainsi qu’un enracinement plus profond, nécessiteront plus de travail, les séances pouvant s’étaler sur 12 à 18 mois environ.

Quel laser choisir?
Le choix de l’appareillage, nous l’avons vu, est capital en vue d’obtenir un résultat satisfaisant. Il est utile en tant que futur patient que vous connaissiez les matériels existants afin de pouvoir vous y retrouver dans les discours publicitaires. C’est la longueur d’onde des lasers qui va conditionner leur pénétration dans la peau et les cibles qu’ils vont toucher.

Voici à quoi ressemble le tableau de bord du médecin lasériste. Tous les paramètres avec lesquels il jongle sont sous contrôle digital par l’ordinateur du laser : fluence, temps de pulse, cadence du tir, etc. En épilation, on utilise aujourd’hui (par ordre d’affinité décroissant pour la mélanine) :

  • Le laser Rubis à 694 nm : sa longueur d’onde est la mieux absorbé par la mélanine, au point qu’un seul tir peut porter le poil à plus de 200° (R.M. Clement, M.N. Kierman). Mais ses effets secondaires sur les peaux mates et foncées lui ont fait préférer des longueurs d’onde moins fortement absorbées par la mélanine cutanée. Le spot laser, de dimension réduite, est également un désagrément pour une exploitation professionnelle.
  • Le laser Alexandrite 755 nm : sa longueur d’onde est correctement absorbée par la mélanine. Suffisamment d’ailleurs pour traiter des poils blonds sur peau claire. Ses systèmes de refroidissement cutané permettent de faire reculer les limites du traitement des peaux bronzées ou foncées.
    L’appareillage est imposant (il pèse 150 kg et occupe un volume d’environ 1 m3). Les appareils de dernière génération sont équipés d’un système de tir conçu pour s’adapter aux différents types de peau.

Choix personnel
Pour nous, l’Alexandrite reste la «Rolls» de l’épilation. Puissant, polyvalent et confortable, il offre une excellente visibilité de la zone de traitement, des diamètres de spots jusqu’à 18 mm, les perfectionnements et les accessoires les plus sophistiqués. La longueur d’onde assure une pénétration profonde du faisceau lumineux sans nécessiter une fluence élevée. L’ensemble est garant d’une efficacité, d’un confort et d’une sécurité qui nous semblent inégalés dans les autres familles de lasers. Seule nuance: le coût élevé d’un tel engin (autour de 130.000€ soit 200’000 CHF) conduit à réfléchir à deux fois avant de réaliser l’investissement!

  • La diode laser 790-810 nm : sa longueur d’onde est assez peu absorbée par la mélanine mais permet une pénétration plus profonde du faisceau lumineux. Cette technologie est prometteuse, les lasers étant réalisés à moindre coût avec une tendance à la baisse liée aux progrès de la miniaturisation des semi-conducteurs. Un de leurs avantages est d’être compacts et relativement portables. La moindre absorption par la mélanine est à la fois un avantage (le bronzage et la pigmentation de la peau sont peu touchés) et un inconvénient (lorsqu’ils deviennent plus clairs et plus fins, les poils résistent au traitement).
  • Le laser Nd Yag 1064 nm : sa longueur d’onde est très peu absorbée par la mélanine. Mais elle assure une pénétration en profondeur du faisceau lumineux. L’effet thermique sur le poil est faible et conduit à délivrer des fluences élevées.
    Il procure des résultats très intéressants pour les patients à la peau trop foncée, qui ne pourraient être autrement traités. Pour l’heure, ce type de laser ne permet pas d’espérer mieux qu’une épilation de longue durée, mais après tout, les patients sont ravis de n’avoir à effectuer qu’une séance ou deux par an et de ne pas être importunés le reste du temps par leur pilosité.
    En outre, en collaboration avec Point Médical Laser à Paris, nous avons développé au CMH de nouveaux protocoles combinant le traitement au Yag et à l’alexandrite afin de traiter plus facilement les poils profonds (dos d’hommes ou certains maillots). Les résulats sont très intéressants et plusieurs confrères expérimentent à leur tour ce nouveau procédé.

EN SAVOIR PLUS: le laser doit être assez puissant pour que l’énergie qu’il délivre ne chute pas trop lorsque le spot devient plus large : on perd alors en puissance ce que l’on gagne en pénétration cutanée.

Aperçu technique
Voici pour terminer notre tour d’horizon quelques points qui vous donneront une idée de la technicité du traitement et de l’importance de la confier à un médecin (on l’appelle souvent un lasériste).
Le faisceau laser est transmis par une fibre optique prolongée par une pièce à main qui permet à l’opérateur de déclencher le tir laser en regard de la peau. La zone d’impact du tir laser sur la peau est appelée « spot ». C’est une tache lumineuse de grande intensité qui mesure de 7 à 18 mm de diamètre (ou 9 à 12 mm de côté). Pour traiter une surface, il faut la couvrir dans sa totalité et de la façon la plus homogène possible par une succession de spots.
Les principaux paramètres que le praticien doit prendre en charge afin d’assurer un résultat optimum sont les suivants :
Le diamètre du spot : Un grand diamètre de spot (comme 12 mm et plus), favorise la pénétration cutanée et permet d’être efficace sur les poils les plus profonds. Il permet aussi de vous traiter plus vite. Les fabricants réalisent des prodiges pour développer des machines capables de délivrer l’énergie dont les gros spots sont très gourmands. Seuls les appareils très haut de gamme peuvent tirer à la cadence de 2 tirs par seconde avec un spot de 15 mm ou à 3 tirs par seconde avec un spot de 12,5 mm !

  • La fluence (exprimée en Joules/cm2) : représente la pierre angulaire du traitement. Elle définit l’énergie du tir par unité de surface. Dans son choix de la fluence, le praticien est confronté à deux objectifs contradictoires : être efficace et pour cela utiliser des fluences élevées, tout en restant prudent afin d’éviter un échauffement de la peau. Un praticien aguerri osera vous traiter à la fluence la plus élevée possible pour obtenir la meilleure efficacité et une satisfaction durable. Pour cela, il analysera votre type de peau (phototype) et observera vos réactions cutanées (crépitement du poil, rétraction, expulsion de la racine, réaction érythémato-papuleuse, etc…) afin de s’ajuster au plus près de la dose maximale tolérée. Des tests d’augmentation progressive de la fluence d’une séance à l’autre sont réalisés dans ce but.
  • Le temps de pulse (ou temps de tir) : c’est la durée d’émission du laser, qui conditionne grandement l’efficacité du traitement. Le temps de pulse est au laser ce que la boite de vitesse est à la voiture : il transmet l’énergie selon une démultiplication adaptée aux différents types de poils et de peau. De la même manière qu’une voiture gagne à avoir plusieurs vitesses, il est préférable qu’un laser dispose de plusieurs temps de pulse.
  • Le refroidissement cutané : si le temps de pulse d’un laser correspond à la boite de vitesse, le système de refroidissement correspond aux pneumatiques. Plus la puissance est forte et la boite de vitesse sophistiquée, plus le choix des pneumatiques est délicat. Ainsi, un système de refroidissement sophistiqué est nécessaire pour délivrer la puissance d’un bon laser et bénéficier de tous les avantages d’un temps de pulse réglable. Avec un système de refroidissement cutané performant, il devient possible d’augmenter à la fois l’efficacité et la sécurité du traitement, tout en préservant le confort du patient.

EN SAVOIR PLUS: la fluence dérive de la puissance, et s’exprime aussi en Watts / seconde / cm2. Un laser doit être assez puissant pour délivrer la fluence qui détruira les poils les plus profonds. La fluence nécessaire est très dépendante de la longueur d’onde. Elle est relativement faible avec les lasers Rubis dont la lumière est très absorbée par la mélanine (< 20 J/cm2). Elle doit être plus forte pour un Alexandrite, encore plus forte pour une diode, et nettement plus forte pour un Nd : YAG. En pratique, un praticien a souvent besoin de disposer de plus de puissance, que ce soit pour augmenter l’efficacité de son tir, allonger sa durée, choisir un plus grand diamètre de spot, ou une fluence plus élevée.

Evolution des techniques
Toujours plus pointu : deux lasers Alexandrite de dernière génération ont incorporé une technologie dérivée d’une découverte d’un chercheur français, Serge Mordon.
Au lieu de délivrer son énergie de manière continue, le laser la délivre astucieusement de façon intermittente par une séquence de tirs espacés de quelques millisecondes. Pendant que la peau a tout le temps de se refroidir (elle évacue la moitié de la chaleur accumulée en moins d’une milliseconde), les poils, avec leur TRT de 10 à 40 millisecondes, ne cessent de s’échauffer. Ne pouvant être évacuée, la chaleur s’accumule et la température monte jusqu’au seuil de dommage thermique.
Explication : le revêtement cutané, qui est une surface plane, se refroidit beaucoup plus rapidement que le poil cylindrique. Pour vous en convaincre, versez de la soupe dans un bol et dans une assiette et voyez dans quel récipient elle se refroidit plus vite! Partant de cette loi physique de dissipation d’énergie, les lasers appliquant cette technologie délivrent leur fluence sous forme d’un tir intermittent. Cette succession de brèves impulsions permet d’accumuler la chaleur dans le poil jusqu’à sa destruction tout en laissant à la peau le temps de se refroidir. A peine l’épiderme a-t-il refroidi que le laser émet de nouveau, ce qui augmente encore la chaleur pilaire, et ainsi de suite… Ce procédé est une réelle avancée dans la photothermolyse sélective.

EN SAVOIR PLUS : on appelle temps de relaxation thermique (TRT) le temps au bout duquel le tissu a restitué la moitié de la chaleur reçue aux tissus avoisinants. Les petits grains de mélanine qui colorent la peau et les cellules de l’épiderme ont des TRT très courts et se refroidissent très vite. Par chance, les poils terminaux sont affublés de TRT de l’ordre de 10 ms pour la tige et 40 ms pour le bulbe. A fluence efficace, la chaleur que les plus gros poils accumulent pendant le tir peut littéralement les faire exploser et les expulser du derme. Sur une peau claire avec des poils fins, on utilise une durée de tir court. Sur une peau bronzée, mate ou noire, on utilise un temps de tir long.

Choix personnel
Les auteurs travaillent sur un des deux appareils du marché doté de ce système. Ce choix leur apporte une réelle satisfaction puisque l’appareil autorise d’augmenter la puissance transmise à la peau tout en évitant les dommages collatéraux. Cette innovation permet de repousser les limites de l’épilation laser en traitant des peaux noires et bronzées avec une marge de sécurité inconnue jusqu’alors. Elle permet d’envisager le traitement de dos masculins avec des résultats permanents et de traiter des poils blonds et roux avec efficacité.